42 %. C’est la hausse du cours de TotalEnergies en trois ans, alors que la planète entière parle de transition énergétique, que les ONG multiplient les mises en garde et que les investisseurs institutionnels affichent leurs exigences en matière de responsabilité. TotalEnergies, elle, n’a pas levé le pied : elle continue d’aligner des dividendes parmi les plus élevés du CAC 40 et mobilise des capitaux colossaux pour explorer de nouveaux gisements pétroliers et gaziers.
Pourtant, le vent tourne chez certains géants de la gestion d’actifs. Le risque réglementaire et les soubresauts des marchés de matières premières poussent à la prudence. L’écart de performance entre TotalEnergies et les autres majors européennes ne fait que souligner des choix stratégiques diamétralement opposés, alors que le secteur énergétique se recompose à marche forcée.
Le secteur pétrolier face aux défis de la transition énergétique : où se situe TotalEnergies ?
La recomposition du secteur pétrolier s’accélère, portée par une réglementation plus stricte, la montée des attentes des investisseurs et un prix du pétrole toujours imprévisible. Dans ce contexte mouvant, TotalEnergies s’impose comme un acteur à part. Dirigée par Patrick Pouyanné, l’entreprise avance sur deux tableaux : elle mise sur la force de frappe du pétrole brut et du gaz naturel, tout en mettant le cap sur la production d’énergies renouvelables.Face à l’urgence climatique, les grandes compagnies européennes n’empruntent pas toutes le même chemin. Là où certains cèdent massivement leurs actifs pétroliers, TotalEnergies choisit l’équilibre : garder ses piliers historiques, tout en injectant des milliards dans le solaire, l’éolien et les biocarburants. En 2023, son chiffre d’affaires a franchi les 200 milliards de dollars, stimulé par la vigueur du pétrole et du gaz. Mais la transition ne s’arrête pas aux frontières françaises ou européennes. Les investissements de TotalEnergies arpentent l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Nord.Pour Patrick Pouyanné, le calcul est limpide : maintenir de solides positions sur le pétrole et le gaz pour financer la montée en puissance des renouvelables, tout en restant attentif à la demande mondiale. La production pétrolière reste le socle, mais la part des énergies renouvelables s’étoffe d’année en année. Les arbitrages de TotalEnergies reflètent cette tension permanente entre rentabilité immédiate et transformation en profondeur, adaptation et anticipation. Le pari : rester maître du tempo dans une industrie en pleine métamorphose.
Action TotalEnergies : une valeur solide ou un pari risqué à long terme ?
L’action Total fait figure de roc au sein du CAC 40. Malgré les turbulences du secteur, son cours de bourse a résisté aux pires tempêtes. En 2023, la capitalisation boursière a flirté avec les 150 milliards d’euros, portée par des prix élevés du pétrole et du gaz naturel. Mais la sérénité n’est jamais acquise sur ce marché : le baril joue les équilibristes, oscillant au gré des tensions géopolitiques et des décisions de l’OPEP+.Miser sur l’action TotalEnergies, c’est accepter ce numéro d’équilibriste : un dividende attractif (environ 5 % de rendement brut en 2023) mais aussi le risque de voir la valeur reculer. Cette politique de distribution est un repère pour de nombreux gérants institutionnels, à Paris comme à New York, qui tiennent à la régularité du paiement du dividende même dans un contexte de mutation accélérée.Mais une analyse fine de l’action Total dépasse la simple observation du cours : la croissance sur le long terme dépend de la capacité du groupe à préserver ses marges, à s’adapter à l’évolution du secteur énergétique et à diversifier ses relais de croissance. Les investisseurs, qu’ils privilégient la valeur ou le dividende, restent attentifs aux choix stratégiques, à la gestion du cycle pétrolier et à l’essor du renouvelable.
Ce que révèlent les données financières et la politique de dividende de TotalEnergies
Les chiffres du groupe méritent un examen attentif. TotalEnergies a généré plus de 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2023, soutenue par des cours du pétrole et du gaz encore toniques. La solidité du résultat d’exploitation s’appuie sur une gestion rigoureuse des coûts et une présence sur tous les continents.
La rentabilité du groupe, incarnée par un bénéfice net dépassant 20 milliards de dollars, attire les investisseurs en quête de visibilité. Le PER (price earning ratio) reste à un niveau modéré, inférieur à celui de plusieurs concurrents, ce qui positionne l’action comme un choix apprécié des amateurs de rendement et de valorisations jugées raisonnables.
Voici ce qui ressort des chiffres récents :
- Des flux de trésorerie solides, qui autorisent une politique de dividende stable et en progression.
- Un dividende distribué de 3,01 euros par action en 2023, pour un rendement proche de 5 % aux cours actuels.
- Des rachats d’actions réguliers, qui soutiennent techniquement le cours de l’action Total.
La fiscalité française reste parfois pénalisante pour les particuliers, mais la régularité des dividendes pèse lourd dans la balance, surtout face à la volatilité du prix du pétrole. Les analystes observent de près la capacité du groupe à maintenir ce niveau de distribution, même lors de secousses sur le marché ou de cycles défavorables.
Explorer les alternatives : ETF pétroliers, diversification et stratégies d’investissement
Investir directement dans les actions TotalEnergies séduit, mais d’autres pistes existent pour les investisseurs chevronnés. Parmi les options les plus suivies figurent les ETF pétroliers, qui permettent de miser sur un ensemble de sociétés du secteur ou de suivre la courbe du pétrole brut. Cette méthode réduit l’exposition spécifique à une entreprise tout en restant corrélée aux fluctuations du marché des matières premières.
Selon les objectifs, plusieurs types d’ETF peuvent entrer en jeu :
- Certaines solutions répliquent la trajectoire du WTI ou du Brent via des produits dérivés. Ces instruments offrent une liquidité appréciable, mais s’accompagnent d’une volatilité souvent marquée.
- D’autres ETF sectoriels regroupent un bouquet de majors pétrolières et gazières, ce qui permet une diversification plus large et une mutualisation du risque sur plusieurs zones géographiques.
Avant d’ajouter du pétrole à un portefeuille, il vaut la peine de réfléchir au poids global des matières premières dans l’allocation des actifs. Diversifier ne signifie pas multiplier à l’aveugle les lignes pétrolières. On peut aussi combiner ces investissements avec des sociétés actives dans les énergies renouvelables ou le gaz naturel liquéfié, pour profiter de la transition énergétique tout en limitant les à-coups du marché.
Les investisseurs les plus avertis n’hésitent pas à recourir, avec prudence, à des produits dérivés ou des options : tantôt pour couvrir une position, tantôt pour valoriser la volatilité du secteur. Une telle gestion active demande expérience et rigueur ; si elle reste l’apanage des professionnels, certains particuliers avertis peuvent s’y aventurer, à condition de bien mesurer les risques et d’intégrer la fiscalité en jeu.
Le pétrole restera-t-il longtemps une place forte pour les investisseurs ? La réponse dépendra autant du rythme de la transition énergétique que de la capacité de TotalEnergies à conjuguer performance et transformation. L’histoire, elle, ne fait que s’écrire.


